lundi 25 mai 2009

Québec Solidaire et l’indépendance du Québec

L’indépendance, une fin en soi

Le droit à l’autodétermination et le choix éventuel de devenir indépendant sur son territoire national existe pour n’importe quel peuple dans le monde, y compris le peuple québécois. C’est un droit fondamental reconnu par tous les démocrates et progressistes du monde. Le désir d’indépendance politique d’un peuple repose avant tout sur la conscience de son identité et de sa nécessaire émancipation, auxquels s’ajoutent des arguments culturels, linguistiques, politiques, économiques et sociaux. L’indépendance d’un peuple ne peut donc être instrumentalisée aux seules fins d’un programme politique particulier. L’indépendance nationale n’est ni de gauche, ni de droite; elle est une fin en soi. Elle peut être véhiculée par un seul parti ou une large coalition de partis politiques indépendantistes, du centre, de droite comme de gauche, unis dans une lutte commune. Si les différents partis de la coalition peuvent s’entendre sur certains aspects d’un programme politique à réaliser dans le futur pays indépendant tant mieux, mais l’accession à l’indépendance ne peut être conditionnelle à la réalisation de ce programme politique, ni de celui d’aucun parti. Dans la situation actuelle québécoise Québec Solidaire n’est pas le seul parti souverainiste, puisque le Parti Québécois, et le Parti Indépendantiste le sont également. En plus de faire partie du Conseil de la souveraineté qui une structure plutôt ronronnante, Québec Solidaire devrait rallier le projet de large coalition pour l’indépendance du Québec proposée par la Société Saint-jean Baptiste de Montréal, projet visant à réunir tous les indépendantistes et leurs organisations dans un même mouvement populaire.


Dans un texte paru dans Presse à gauche, Bernard Rioux, responsable de la commission thématique sur la souveraineté de Québec Solidaire en réponse à un texte de Marc Desnoyers vice-président du PQ-Mercier, référant à une éventuelle prise de pouvoir par un parti politique progressiste à Ottawa disait :

‘’ L’oppression politique n’est pas le fait d’un parti politique mais de l’état canadien dans sa conception même qui refuse la caractère multinational de la société canadienne. Si le Canada était dirigé par des progressistes, cela jetterait les bases d’une alliance politique pour en finir avec l’état canadien, réaliser notre indépendance, et pour établir des rapports libres et égalitaires avec toutes les nations que l’on retrouve sur le territoire actuel de cet état canadien et tout particulièrement avec les nations autochtones ‘’. Bernard Rioux maintient dans le nouveau contexte la nécessité de la souveraineté du Québec, mais cette adhésion semble très fragile. Amir Khadir, de son côté lors d’une entrevue accordée à Télésur en juillet dernier et reprise dans Presse à gauche également disait ‘’ Le Canada fut fondé en 1867 sur la base de deux nations : une parlant français et l’autre parlant anglais. C’est le fondement. Ce fut une confédération à l’origine sur le principe de l’égalité, mais en pratique l’économie et les forces armées furent contrôlées par les anglophones. Ce déséquilibre dans la pratique petit à petit devient un déséquilibre institutionnel. ‘’


Difficile de suivre. Tout d’abord, est-ce que la conquête de 1760 a eu lieu oui ou

non ? Le Canada issu de L’Acte d’union de 1840 a-t-il été imposé aux

‘’ Canayens ‘’ du Bas-Canada de l’époque ? La réponse est oui. Ces mêmes

‘’ Canayens ‘’ ont-ils adhéré volontairement à la Confédération de 1867. La réponse est non. Est-ce que nous subissons encore les effets de la conquête aujourd’hui ? On n’a qu’à penser à la célébration avortée de conquête anglaise sur les Plaines d’Abraham l’été prochain grâce à l’indignation populaire. La réponse est oui. Savoir si le Canada a été fondé sur un principe d’égalité entre les deux peuples fondateurs devient alors bien accessoire. Et si c’est cela qui est important, si Michael Ignatieff ou Jack Layton au pouvoir à Ottawa en venaient à reconnaître le caractère égalitaire et multinational de la société canadienne, est-ce que Québec Solidaire ne prônerait plus la souveraineté du Québec ? Est-ce que Québec Solidaire serait tenté par un fédéralisme renouvelé ? D’où la dérive possible d’une option souverainiste qui n’est pas basée avant tout sur l’argument identitaire.

Un parti indépendantiste et non souverainiste

Les mots souveraineté et indépendance n’ont pas la même résonance. Ailleurs dans le monde, lorsque l’on parle de la lutte de libération nationale d’un peuple, on parle d’indépendance et non de souveraineté, pourquoi pas au Québec. Dans les années 60-70, les militants indépendantistes majoritairement de gauche parlaient de la lutte pour l’indépendance du Québec comme d’une lutte de libération nationale, au même titre que celle des Palestiniens, des Irlandais, des Cubains ou des pays africains qui ont acquis leur indépendance au cours des années 60. Au même moment René Lévesque du MSA ( Mouvement Souveraineté Association ), et ensuite du Parti Québécois contrairement à Pierre Bourgault du RIN ( Rassemblement pour l’Indépendance Nationale ) parlait dès le début de souveraineté-association, ambiguité que le Parti Québécois entretient depuis ce temps. On a même entendu Bernard Landry parler à un certain moment d’une union confédérale avec le reste du Canada. Il est temps pour les indépendantistes québécois et Québec Solidaire de liquider le terme souveraineté et d’adopter le terme indépendance. Le terme souveraineté devrait donc être remplacé par le terme indépendance dans la Déclaration de principe de Québec Solidaire, d’autant plus que Pauline Marois et Gilles Duceppe récemment réhabilité le terme indépendantiste dans leur lettre réagissant à la prise de position de Nicolas Sarkozy sur le Québec.


L’Identité québécoise, la langue française, et l’intégration citoyenne

Pour contribuer efficacement à l’avancement de la cause indépendantiste au Québec et étendre son propre rayonnement à l’ensemble du Québec, tant en milieu urbain qu’en milieu rural, il faut que Québec Solidaire saisisse mieux l’enjeu identitaire au Québec. Les Québécois d’origine française sont préoccupés d’être devenus minoritaires à Montréal et craignent pour la survie de leur identité, de leur langue et de leur culture. Ils sont profondément inquiets. Les Québécois des autres régions se sentent étrangers au Montréal pluriethnique. Québec Solidaire se doit de comprendre et partager cette inquiétude identitaire, et défendre fermement l’identité québécoise d’origine française sans nier l’apport des autres cultures.


Le bilinguisme qui se propage actuellement à Montréal dans la vie de tous les jours et les communications pave par ailleurs la voie au retour à la dominance de la langue anglaise à Montréal comme cela existait au début du 20e siècle. Québec Solidaire se doit de défendre beaucoup plus ardemment la langue française comme langue commune au Québec et son utilisation par tous les Québécoises et Québécoises. La langue française est le principal outil qui permet de développer le sentiment d’appartenance et d’unir tous les Québécois autour d’une destinée commune, et notamment certaines communautés culturelles réfractaires à l’utilisation de la langue française. Québec Solidaire devrait prôner l’apprentissage obligatoire de la langue française pour les nouveaux arrivants, condition essentielle d’une véritable intégration réussie et d’une société plus unie et plus harmonieuse. A Montréal, Québec Solidaire devrait collaborer activement avec le Mouvement Montréal français pour défendre le quotidiennement le fait français.


En ce qui concerne l’intégration citoyenne, l’approche de Québec Solidaire est trop figée dans une approche unilatérale de gauche rigide et axée sur la seule défense des droits des minorités dont les Québécois d’origine immigrante et de la lutte contre la discrimination dont ils sont victimes. On l’a encore vu récemment dans le débat sur le port du foulard chez des femmes de religion musulmane. Même si c’est tout à l’honneur de Québec Solidaire de prendre la défense des Québécois d’origine immigrante notamment dans leur accès difficile et parfois dicriminatoire au marché du travail, le parti en oublie les préoccupations exprimées par la majorité québécoise d’origine française notamment lors des audiences de la Commission Bouchard-Taylor. Sans une approche bien dosée entre la volonté d’intégration des nouveaux arrivants, et le désir d’accueil des Québécois, Québec Solidaire ne contribuera pas à cimenter la nation québécoise et à unir tous les Québécois dans un projet de pays et un projet de société commun. La position actuelle trop unilatérale ne fera qu’accentuer la division et encourager bien involontairement l’incompréhension et la xénophobie.


Parler de l’hypothèse d’une co-intégration comme le faisait en décembre dernier Bernard Rioux lors d’une rencontre dans Hochelaga-Maisonneuve c’est nier les responsabilités différentes que sont la nécessité de l’intégration de la part des nouveaux arrivants, et de l’ouverture de la part de la société d’accueil. C’est oublier le creuset historique, culturel et social commun auquel tous sont invités à se rallier, tout en reconnaissant que ce creuset est influencé et enrichi par la contribution des nouveaux arrivants. Québec Solidaire se doit donc de modifier sa pensée et son action sur la question de l’identité québécoise, de l’indépendance du Québec et de l’intégration des immigrants. Espérons que la discussion en cours sur la question nationale à l’occasion du congrès de juin permettra un bon brassage d’idées. L’élargissement de la base de Québec Soidaire dans toutes les régions du Québec ne pourra avoir lieu sans une profonde réflexion et un débat avec des citoyens hors du parti sur cet enjeu.


Référendum ou élection référendaire

De plus Québec Solidaire devrait envisager la tenue d’une élection référendaire autant que celle d’un référendum. La voie du référendum ne convient plus nécessairement après les malversations fédérales autour du dernier référendum ( accès accéléré à la citoyenneté pour les personnes d’origine immigrante, non respect des règles de financement de la campagne référendaire, argent des commandites etc. ) et la déclaration de Stéphane Dion indiquant que le gouvernement fédéral se réserve dorénavant le droit d’interpréter le résultat éventuel d’un prochain référendum et de ne pas s’en tenir nécessairement au 50% plus 1 qui est habituellement la règle démocratique. Une élection référendaire où une coalition de partis indépendantistes mènerait campagne sur le seul thème de l’indépendance et une victoire de la coalition pourrait précéder une déclaration unilatérale d’indépendance avant toute négociation avec le Canada, uniquement en ce qui concerne les modalités de la séparation.


Yves Chartrand

Membre de Québec Solidaire d’Hochelaga-Maisonneuve


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire